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Troupes françaises, hors d’Afrique ! Le néocolonialisme français à l’œuvre en Côte d’Ivoire (Part 1) (2003)

https://archive.is/v1FAV
Troupes françaises, hors d’Afrique !
Le néocolonialisme français à l’œuvre en Côte d’Ivoire
Reproduit du Bolchévik n° 166, décembre 2003
Nous reproduisons ci-après une présentation, revue pour publication, faite au mois de juillet 2003 lors d’une réunion de la LTF. La situation en Côte d’Ivoire reste explosive ; l’impérialisme français alterne les coups bas et les menaces contre les deux camps en conflit. Tout cela confirme ce qui a été dit dans la présentation comme quoi les accords de Marcoussis sponsorisés par Chirac « ne peuvent pas même commencer à résoudre les problèmes. Le conflit peut repartir d’un moment à l’autre et prendre un caractère encore plus sanglant ». Pour nous marxistes cela ne fait que souligner l’importance de nos mots d’ordre : Troupes françaises, hors de Côte d’Ivoire et hors d’Afrique !
Lorsque les troupes françaises sont entrées en Côte d’Ivoire en septembre 2002, en pleins préparatifs de l’ invasion de l’Irak par les impérialistes américains et britanniques, nous avons lancé en première page de notre journal : « Troupes françaises, hors de Côte d’Ivoire ! » à côté de « Défense de l’Irak contre l’attaque impérialiste ! » Nous avons dénoncé l’hypocrisie de l’impérialisme français qui se plaignait bruyamment de l’« unilatéralisme » américain dans la guerre contre l’Irak alors qu’il envoyait lui-même – « unilatéralement » et sans aucun mandat de l’ONU – des milliers de soldats en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est sous occupation coloniale française. Depuis cet article qui date de janvier 2003, l’ interventionnisme de la France sur le continent africain s’est amplifié de manière considérable, reflétant une intensification accrue des rivalités interimpérialistes dans le monde post-soviétique. Le Parisien titrait le 14 juin « Le grand retour de la France en Afrique » et publiait une carte montrant une présence militaire substantielle un peu partout sur le continent avec un total de 11 000 soldats déployés : au Sénégal, au Libéria, en Côte d’Ivoire, au Tchad, en République centrafricaine (RCA), à Djibouti, au Congo et au Gabon. Bien sûr contrairement à ce titre, la France n’est jamais sortie d’Afrique ; mais les épisodes comme celui-ci indiquent bien une amplification des rivalités interimpérialistes sur ce terrain. Il est d’ailleurs significatif que dans cette liste seule l’intervention en République démocratique du Congo était sous mandat de l’ONU ! Lequel mandat de l’ONU signifie simplement le permis de tuer impunément. Nous disons : Troupes françaises hors d’Afrique !
L’Afrique subsaharienne est une région dévastée économiquement, où le revenu par habitant est en chute libre, où les guerres civiles se sont généralisées partout sur le continent à quelques exceptions près, qui abrite 70 % de l’ensemble des victimes du sida dans le monde sans parler des autres endémies qui se sont pérennisées telles que la tuberculose, l’onchocercose (cécité provoquée par un parasite), etc. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, qui est pourtant le pays le moins pauvre de cette partie de l’Afrique, la mortalité infantile est énorme : 181 enfants sur 1 000 meurent avant d’atteindre leur cinquième anniversaire ! Et en général les conditions d’hygiène sont déplorables : en zone urbaine, moins de la moitié des ménages disposent d’un approvisionnement en eau courante dans leur logement et un tiers ont accès à l’eau par des robinets ou des puits publics ; quant à la zone rurale, c’est seulement deux tiers qui ont accès à l’eau potable sous quelque forme que ce soit et plus de deux tiers n’ont aucun type de toilette (voir Georges Photios Tapinos et al., La Côte d’ivoire à l’aube du XXIe siècle, Karthala, 2002). En moyenne en Côte d’Ivoire il y a un médecin pour environ 12 000 personnes et un infirmier pour 4 000. Par ailleurs la Côte d’Ivoire est le pays le plus touché par le virus VIH/sida en Afrique de l’Ouest, avec un taux de prévalence du VIH de 10 à 14 % des adultes ; les estimations indiquaient 800 000 cas en 1997 avec 85 000 nouveaux cas cette année-là, ce qui amènerait le nombre actuel à plus d’un million sur les 16 que compte la Côte d’Ivoire ! Avec la guerre civile et ses conséquences sur l’augmentation des viols et des déplacements de populations, ces estimations risquent d’être très en dessous de la réalité. En ce qui concerne les femmes, leur oppression est particulièrement criante : la polygamie est largement répandue bien qu’officiellement interdite et le crime de l’excision est courant surtout parmi les populations rurales du nord, du centre et de l’ouest de la Côte d’Ivoire ; certaines informations font état d’un taux de plus de 40 % de femmes qui l’ont subie. Si l’Afrique est dans une telle situation c’est d’abord le résultat de 100 ans de colonialisme suivis de 40 ans de néocolonialisme aux mains de l’impérialisme.
La destruction contre-révolutionnaire de l’URSS a, de plus, eu un impact particulièrement profond dans cette partie du monde. S’il y a une région dans le monde qui a souffert de la catastrophe de la chute de l’Union soviétique, c’est bien l’Afrique. A bien des égards, l’existence de l’Union soviétique et sa victoire dans la Deuxième Guerre mondiale avait fourni un contexte favorable aux mouvements indépendantistes d’Afrique et d’ailleurs ; la Révolution chinoise de 1949 et la résistance des peuples indochinois – c’est particulièrement important pour la France – contre l’impérialisme avaient encouragé ces mouvements. Pendant la guerre froide les pays africains disposaient d’une certaine ouverture pour parfois manœuvrer entre l’impérialisme d’une part et l’URSS d’autre part, pour obtenir certaines concessions de la part des impérialistes. Un exemple d’une telle concession vis-à-vis de la Côte d’Ivoire était la Caistab (Caisse de stabilisation et de soutien des prix des produits agricoles), un système de prix garantis au producteur, mis en place depuis de nombreuses années par le président-dictateur Félix Houphouët-Boigny. La Caistab déterminait chaque année le prix payé aux producteurs locaux en fonction de la fluctuation des prix internationaux, renflouant la caisse en cas de prix mondiaux plus élevés et déboursant une compensation en cas de prix mondiaux plus bas. Comme les prix mondiaux étaient relativement élevés pendant plus de vingt ans, la Caistab a surtout eu pour résultat de générer des milliards de recettes permettant à l’oligarchie abidjanaise de s’enrichir affreusement sur le dos des producteurs. Mais quelquefois, la Caistab a permis de limiter les conséquences des chutes brutales des prix mondiaux. Aussi la Caistab a été la première cible de la Banque mondiale et du FMI dans les années 1990 : sous le slogan de la libéralisation du commerce, ils ont imposé sa destruction en 1999.
Cette marge a maintenant été brutalement supprimée et ces pays sont livrés à un impérialisme encore plus arrogant et plus brutal et les rivalités interimpérialistes ont été attisées. Cela a amplifié les conflits existants et en a généré de nouveaux. Aujourd’hui il n’y a pratiquement pas un seul pays de la région qui ne soit confronté à des conflits de nature ethnique, religieuse ou autre. Il est parfaitement évident que pour faire face à des pénuries aussi graves que celles que connaît l’Afrique, la seule perspective envisageable est celle d’une économie planifiée à l’échelle internationale.
Etant donné sa position particulière de force sociale installée dans le ventre de la bête impérialiste française, le prolétariat français a une responsabilité toute particulière vis-à-vis de ses frères de classe dominés par « notre » bourgeoisie. C’est ainsi que le Deuxième Congrès de l’ Internationale communiste en 1920, qui a établi les fameuses « 21 conditions d’admission des Partis dans l’ Internationale » stipulait dans sa 8e condition :
« 8. Dans la question des colonies et des nationalités opprimées, les Partis des pays dont la bourgeoisie possède des colonies ou opprime des nations, doivent avoir une ligne de conduite particulièrement claire et nette. Tout Parti appartenant à la 3e Internationale a pour devoir de dévoiler impitoyablement les prouesses de “ses” impérialistes aux colonies, de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d’émancipation dans les colonies, d’exiger l’expulsion des colonies des impérialistes de la métropole, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et des nationalités opprimées et d’entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux. »
Il y a une deuxième raison qui fait que ce qui se passe en Côte d’Ivoire revêt une importance cruciale pour les révolutionnaires en France : c’est l’importance stratégique de la question immigrée pour le prolétariat français. Les Africains originaires d’Afrique de l’Ouest, qui sont des centaines de milliers en France, constituent une proportion significative de l’immigration dans ce pays ; elle a un rôle stratégique à jouer dans la révolution socialiste ici. Les événements de Côte d’Ivoire ont un impact direct et profond sur tous les pays de cette région de l’Afrique et par voie de conséquence ils produisent des ondes de choc dans cette partie du prolétariat de France qui constitue une cible privilégiée pour notre propagande.
Le lien concret qui existe entre d’une part le prolétariat ivoirien et plus généralement africain et, d’autre part, le prolétariat français a été clairement démontré avec les charters de sans-papiers africains que le gouvernement revanchard de droite organise à un rythme d’enfer depuis plusieurs mois, en amplifiant l’arsenal de mesures racistes mis en place par les gouvernements précédents, notamment celui de Jospin. Rien qu’au premier semestre de 2003, 16 893 personnes ont été expulsées et 57 « vols groupés » ont été réalisés. Abidjan était l’une des principales destinations des premiers charters ; avec le premier charter Sarkozy on a vu à Abidjan des travailleurs ivoiriens, notamment ceux de l’ancienne compagnie Air Afrique, se mobiliser sur l’aéroport pour protester contre ces vols y compris en se confrontant aux forces combinées des flics français et ivoiriens. On peut imaginer l’effet qu’aurait dans les deux pays une action commune organisée à la fois à Paris et Abidjan pour empêcher ces expulsions : en France on empêcherait les avions de décoller et à Abidjan on les empêcherait d’atterrir s’ils arrivaient à voler.
La Côte d’Ivoire : bastion de l’impérialisme français dans cette région de l’Afrique
Du triple point de vue militaire, économique et politique, la Côte d’Ivoire est la pièce maîtresse de l’impérialisme français en Afrique de l’Ouest. Près de 4 000 soldats français y sont en opération et c’est là aussi que sont installés le plus grand nombre de ressortissants français sur le continent. Au cours des 40 ans d’indépendance formelle du pays, la domination politique de la France n’a jamais été réellement mise en cause. Celle-ci a trouvé en Félix Houphouët-Boigny – ministre du gouvernement français de 1956 à 1960 (pendant la guerre d’Algérie) et président-dictateur de Côte d’Ivoire de 1960 à sa mort en 1993 – un serviteur plus que zélé. Ainsi dès l’indépendance en 1960, Houphouët-Boigny s’oppose par son vote à l’ONU à l’indépendance algérienne qu’il présente comme un problème intérieur de la France. Il organise le soutien des Etats francophones africains à la France. Et plus tard il jouera systématiquement le rôle de gendarme régional au service de l’impérialisme français.
Et aujourd’hui l’impérialisme français et ses grands groupes installés sur le territoire ivoirien ont d’énormes intérêts financiers dans le pays. Selon l’hebdomadaire Jeune Afrique Economie (n° 346, 4-17 novembre 2002), « ce ne sont pas moins de 5 000 milliards de francs CFA [50 milliards de francs] que l’Hexagone brasserait par an en Côte d’Ivoire. Soit environ 75 % de la richesse produite. » Selon ce même journal, le secteur bancaire était encore récemment à 76 % entre les mains de la Société Générale, du Crédit Lyonnais et de la Belgolaise ; ce sont des entreprises françaises qui détiennent les activités sur l’eau, le téléphone et l’électricité. Le secteur du Bâtiment et travaux publics est largement dominé par Bouygues, l’activité portuaire par Bolloré qui gère aussi le chemin de fer entre Abidjan et Ouagadougou et qui contrôle ainsi les économies enclavées du Sahel ; la Compagnie fruitière détient 50 % du marché de la banane et de l’ananas ; enfin TotalFinaElf détient 25 % du capital de la Société ivoirienne de raffinage, laquelle contrôle plus de 50 % des marchés malien et burkinabè et se prépare à étendre davantage son marché. Au-delà de ces questions économiques, il faut souligner le rôle politique que jouent les ex-colonies françaises pour renforcer les positions de la France dans le jeu des rivalités interimpérialistes. Par exemple au moment du vote des résolutions sur la guerre d’Irak au Conseil de sécurité où siégeaient la Guinée et le Cameroun, ces derniers ont été démarchés pour voter pour la position de la France.
La Côte d’Ivoire constitue aussi un pôle économique régional important ; son PIB représente 40 % de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), qui comprend la Côte d’Ivoire, le Niger, le Mali, le Sénégal, le Togo, le Bénin et le Burkina Faso. Tous ces pays utilisent la même monnaie : le franc CFA. Le franc CFA est une monnaie créée comme satellite du franc français et maintenant de l’euro. La France en garantit la convertibilité en devises internationales en contrepartie d’un contrôle quasi total des transactions extérieures : la Banque de France détient en effet 65 % des réserves de change des pays de la zone CFA. En janvier 1994 la France décidait de dévaluer massivement le franc CFA lui faisant perdre 50 % de sa valeur. Avant la dévaluation 1FF s’échangeait contre 50 FCFA et après la dévaluation il en valait 100. Les conséquences de la dévaluation du FCFA ont été catastrophiques pour les économies locales et un bonus pour l’impérialisme français : la valeur de la force de travail des travailleurs africains travaillant pour les société françaises a été du jour au lendemain divisée par deux.
Grâce aux richesses agricoles dont dispose la Côte d’Ivoire avec ses vastes étendues de terres très fertiles ainsi qu’avec les cours mondiaux favorables du cacao et du café, le produit national a connu une croissance impressionnante dans les années 1960 et 1970 atteignant 16,5 % par an en 1977. La Côte d’Ivoire est ainsi devenue première exportatrice mondiale de cacao (assurant 45 % des exportations mondiales) et quatrième exportatrice de café. Elle exporte également une quantité substantielle de bananes, d’ananas et d’huile de palme, de même que du coton, du sucre de canne, du bois et du latex. Le port d’Abidjan se classe au premier rang dans toute l’Afrique de l’Ouest pour le transport par conteneurs. Dans le cadre d’une économie néocoloniale, tous ces « progrès » sont à relativiser très fortement puisqu’ils n’étaient pas un signe de développement économique. Loin de là, la structure économique qui était basée sur l’agriculture et qui maintenait l’industrie à l’état embryonnaire restait très fragile ; de ce fait la croissance de l’économie ne se traduisait pas par l’amélioration des conditions de vie des travailleurs (par exemple le taux de scolarisation des enfants dans l’enseignement primaire n’atteignait pas 70 % en 1992 et ne l’atteint toujours pas aujourd’hui).
Dès 1978 les prix des deux productions clés (cacao et café) chutent de 30 % et, 10 ans plus tard, la dette extérieure dépassait les 8 milliards de dollars. A Abidjan on voit effectivement la décrépitude et la misère qui dévastent les quartiers pauvres. Les bus Renault cédés par la RATP une fois qu’ils ne sont plus aux normes à Paris commencent là-bas une nouvelle vie qui peut parfois durer des dizaines d’années ! Une autre chose qui frappe c’est le grand nombre de Français en poste dans les administrations comme conseillers dans les ministères et souvent bien plus près des centres de décision que les responsables ivoiriens eux-mêmes. En même temps on est frappé de voir dans les quartiers d’affaires autant de tours plus impressionnantes les unes que les autres (plus de 20 étages parfois), autant de villas extraordinairement luxueuses sur la Riviera, un grandiose pont nommé Giscard d’Estaing¼
Mouvement de rébellion et clivage nord-sud
Le clivage nord-sud doit être compris sur plusieurs plans. Sur un premier plan évidemment il y a la simple accessibilité physique des zones du point de vue des colons : il leur a été plus facile d’atteindre et de « pacifier » les zones proches de la mer. Alors que les opérations étaient beaucoup plus risquées s’agissant des populations des zones éloignées des côtes. C’est ainsi que les zones côtières de la Côte d’Ivoire, du Nigéria, du Cameroun, du Bénin, du Togo, du Ghana, etc., qui ont eu un contact plus direct et prolongé avec les colons, sont à dominante chrétienne alors que les zones nord sont à dominante musulmane dans ces pays. De même les pays comme le Niger ou le Mali, qui sont enclavés et n’ont aucun accès à la mer, sont presque exclusivement musulmans. De ce fait les zones côtières ont généralement bénéficié d’un volume plus important d’infrastructures économiques et sont relativement plus prospères aujourd’hui en comparaison avec les zones plus arides et moins équipées du nord.
Mais il y a surtout le rôle direct du colonisateur français qui a organisé très consciemment l’oppression spécifique des populations du nord en particulier les Burkinabè – anciennement appelés Voltaïques. Pour mettre en valeur la Côte d’Ivoire, riche en ressources naturelles mais peu peuplée et où s’était installée une population de colons planteurs français, la France a eu recours à la population de Haute Volta – aujourd’hui Burkina Faso. Elle a fait cela grâce au régime de travaux forcés qui était mis en place par l’impérialisme français et maintenu pendant au moins une vingtaine d’années. Des millions de Burkinabè d’ethnie mossie ont été embarqués de force vers la Côte d’Ivoire et dans d’autres zones de colonisation pour travailler dans les plantations mais aussi pour les travaux d’infrastructure. Après les indépendances, cette migration vers la Côte d’Ivoire s’est poursuivie compte tenu du dénuement total dans lequel le Burkina était laissé. Ce petit pays de 10 millions d’habitants est dépourvu de toute potentialité industrielle et les populations sont censées survivre par l’agriculture ; mais le pays est aride à 80 % et il ne pleut que 2 mois par an ! Les gens s’occupent de leurs champs pendant ces deux mois, mais que peuvent-ils donc faire pendant le reste de l’année ? Eh bien ils émigrent chaque année par millions en Côte d’Ivoire où ils travaillent dans les plantations cacaoyères et caféières en tant que travailleurs saisonniers, ne revenant chez eux qu’au moment de la saison des pluies. Le lien entre le nord de la Côte d’Ivoire et le Burkina est substantiel.
A côté des populations mossies en provenance du Burkina Faso, la partie nord de la Côte d’Ivoire est constituée de Dioulas (terme signifiant originellement « commerçant » en langue malinké) composés en fait de plusieurs ethnies. C’étaient des populations commerçantes qui avaient fait partie des empires du Mali et autres et qui étaient historiquement, culturellement et religieusement totalement séparées des populations côtières. C’est la colonisation qui les a rassemblées par la force dans cette entité appelée Côte d’Ivoire. Il suffit de voir la carte en page 4 pour se faire une idée des principales ethnies et nationalités différentes, qui se retrouvent aussi de l’autre côté des frontières. Ces frontières ont été tracées artificiellement par les impérialistes, qui s’ attachent à diviser pour mieux régner.
L’un des aspects politiques qu’a revêtu le mouvement de rébellion presque immédiatement fut la question de l’« ivoirité ». C’est effectivement cette question qui concentre les tensions existantes dans le pays en raison de la masse de gens concernés et de la profondeur des ressentiments. En Côte d’Ivoire, 26 % de la population est considérée comme étrangère (à titre de comparaison, en France la proportion d’étrangers dans la population est de moins de 6 %) et la moitié d’entre eux sont nés dans le pays ! En Côte d’Ivoire les immigrés n’ont même pas de reconnaissance sur le papier même s’ils vivent et travaillent dans le pays depuis parfois trois générations ou davantage.
L’explosion de la crise de l’« ivoirité » a pris son caractère le plus spectaculaire avec l’exclusion explicite d’Alassane Dramane Ouattara – originaire du nord et ancien Premier ministre – de la participation effective à la vie politique nationale du fait de sa « nationalité douteuse » ! Sous la houlette de Henri Konan Bédié qui venait de prendre la succession de Félix Houphouët-Boigny comme président de la Côte d’Ivoire en 1993, cette exclusion a été formalisée avec la rédaction d’une nouvelle constitution imposant des conditions drastiques pour être reconnu « ivoirien » (y compris de prouver par des papiers qu’on est de père et de mère ivoiriens, dans un pays largement analphabète et où la nationalité ivoirienne n’est elle-même apparue qu’en 1960 avec l’indépendance. Si vous êtes né dans les années 1940 ou 1950, comment dans ces conditions prouver que non seulement vous, mais également votre père et votre mère étaient ivoiriens ?) Alors pourquoi cette fixation sur Alassane Dramane Ouattara, un bourgeois de la pire espèce ayant été plusieurs années vice-président du Fonds monétaire international et Premier ministre de Côte d’Ivoire, bras droit de Félix Houphouët-Boigny et le principal architecte de la campagne de privatisation du début des années 1990 ? Parce qu’Alassane Ouattara est vu comme un symbole de la population musulmane pauvre du nord du pays, classiquement citoyens de seconde zone dans l’imaginaire populaire du sud. Dans ces conditions, voir un Dioula briguer la présidence de la République c’est comme de voir un Maghrébin briguer la même fonction en France sauf que là-bas il avait beaucoup de chances de gagner les élections vu l’énorme proportion d’« étrangers ivoiriens » et le soutien international qu’il avait. C’est ce qui explique que les régimes qui se sont succédé n’ont pas varié sur ce point : le général Guéï, après son coup d’Etat de Noël 1999, a repris le concept de l’« ivoirité » de Henri Konan Bédié et à son tour Laurent Gbagbo l’a également maintenu.
Il y a un autre facteur plus immédiat qui a conditionné la crise de chauvinisme et de xénophobie. C’est le recours à l’agriculture extensive systématiquement suivi par l’économie de plantation depuis toujours. N’oublions pas que l’économie de plantation était au cœur de la prospérité de la Côte d’Ivoire puisque c’est elle qui lui fournissait la presque totalité des revenus d’exportation ; mais elle n’a pu réaliser cela qu’en utilisant l’agriculture extensive qui fonctionne de la manière suivante : on commence avec une superficie donnée que l’on exploite avec un minimum d’investissement ; une fois que le rendement commence à baisser du fait de l’épuisement du sol, on se déporte plus loin vers la forêt, on brûle et on défriche pour obtenir de nouvelles surfaces toutes fraîches où l’on plante de la même manière et ainsi de suite. De la sorte, les superficies exploitées augmentent sans cesse sans vraiment augmenter la productivité des terres. Au fur et à mesure de l’épuisement des terres les plus fertiles, la stratégie extensive est devenue de moins en moins efficace et les conflits fonciers ont commencé à s’intensifier entre différents groupes ethniques. La propriété terrienne était réservée aux colons baoulés (l’ethnie de Houphouët-Boigny) qui en excluaient les travailleurs originaires du Nord ; et le conflit s’intensifia avec la destruction finale de la forêt.
Il faut le dire clairement, il n’existe pas de nation ivoirienne. Toutes les idéologies construites sur ce concept sont réactionnaires et portent en germe le génocide de tel ou tel autre peuple ou groupe de population.
Troupes françaises hors de Côte d’Ivoire et de toute l’Afrique !
On a beaucoup entendu Jacques Chirac et Dominique de Villepin crier sur tous les toits qu’ils « s’opposent » à la guerre en Irak et qu’ils sont, avec Schröder et Poutine, dans le « camp de la paix ». Mais quand il s’agit de sortir les griffes pour défendre leurs intérêts contre les peuples qu’ils considèrent comme leur chasse gardée, ils n’ont franchement rien à envier aux George Bush et Blair.
En septembre 2002, après même pas quatre jours d’insurrection, les troupes françaises étaient envoyées en force en direction de Bouaké, la deuxième ville la plus importante de la Côte d’Ivoire, qui était aux mains des soldats rebelles. Selon le quotidien le Monde (24 septembre 2002), ces troupes étaient dotées d’avions de transport et d’hélicoptères de manœuvre Cougar. Depuis lors la France a sans cesse augmenté le nombre des troupes, les portant à près de 4 000, et étendu la zone d’intervention. Les équipements comportent de l’infanterie, mais aussi des blindés légers, des hélicoptères et même de l’artillerie, sous la forme de mortiers lourds. L’opération baptisée « Licorne » comporte également des bateaux de guerre au large d’Abidjan et des avions de l’aéronavale qui survolent constamment le pays, notamment pour écouter les communications radio.
La présence militaire française est ainsi devenue le facteur principal dans la crise ivoirienne actuelle. C’est elle qui a stoppé la progression des rebelles vers le sud, leur descente sur Abidjan et la prise de contrôle total du pays. C’est elle aussi qui a stoppé la contre-attaque par les forces gouvernementales et imposé le deal de Marcoussis. Etant donné que les belligérants des deux côtés n’ont pas d’autre but que de se positionner comme les meilleurs agents de l’impérialisme contre leurs propres peuples, la France a pour l’instant réussi à s’imposer comme le chef de la partie : elle a supplanté toutes les tentatives diplomatiques régionales de médiation ; elle a réussi à amener les opposants à tenir des négociations sous sa houlette à Marcoussis en région parisienne et même à imposer un gouvernement d’« unité nationale ». Les masses ivoiriennes sont exténuées par cette guerre et par la dégradation économique qu’elle a causée. La majorité des gens ont donc accueilli favorablement la signature des accords. Mais c’est loin d’être gagné : même si les deux parties ont accepté de signer ces accords et accepté le principe d’un gouvernement d’« unité nationale », les frustrations sont immenses, la situation reste extrêmement fragile et les deux parties se lancent continuellement des accusations incendiaires.
Mais le prolétariat français doit savoir que l’interventionnisme militaire français n’est pas dans son intérêt : tout renforcement de la puissance militaire de l’impérialisme en Afrique est synonyme d’une intensification du pillage impérialiste des paysans et du vol des ressources naturelles de ces pays, qui ne fera qu’enhardir la bourgeoisie dans sa campagne d’exploitation contre son propre prolétariat. Le gouvernement capitaliste qui, en France, impose aux travailleurs les privatisations avec leur cortège de licenciements, qui supervise les fermetures d’usines en masse, qui taille dans les retraites, qui fait payer à la classe ouvrière la crise économique, et qui déporte les sans-papiers, est le même qui envoie ses troupes occuper son ancienne colonie afin de perpétuer le pillage des richesses de ce pays par la classe capitaliste. Le lien est tout à fait clair.
Un récent article du Monde diplomatique (avril 2003) n’hésitait pas à faire le lien entre l’éruption de l’insurrection et le fait que la plupart des contrats des grands groupes français avec la Côte d’Ivoire arrivent à terme en 2004. L’article explique que Gbagbo avait eu l’idée de lancer des appels d’offres internationaux afin d’attribuer les nouveaux contrats sur une base concurrentielle alors que jusque-là les opérations étaient toujours conclues de gré à gré entre les entreprises de l’ex-puissance coloniale et les ministres corrompus des gouvernements ivoiriens successifs. « Menacées par l’irruption de cette concurrence, les multinationales françaises sont soupçonnées d’avoir encouragé à l’époque le général Guéï (“convié” à Paris quinze jours avant les opérations) à lancer son “coup d’Etat de Noël” en décembre 1999, et d’avoir cherché à fragiliser les gouvernements tentés par un rapprochement avec des intérêts anglo-saxons. » L’impérialisme français voulait donc donner un gros coup de semonce à Gbagbo pour réaffirmer qui est le maître à bord.
L’intervention militaire de la France en Côte d’Ivoire n’est que la continuation d’une série d’autres interventions sur le continent africain où elle a montré qu’elle est prête à tout, y compris au massacre de milliers d’Africains pour protéger ses intérêts ; la liste est trop longue pour l’énumérer ici. Kolwezi au Congo démocratique en 1978 où la célèbre Force d’Action Rapide était envoyée au cœur de cette région du Shaba, hyper-riche, soi-disant pour secourir les étrangers ; au Tchad en 1983 où Mitterrand lançait l’Opération Manta, forte de 3 000 hommes pour soi-disant préserver l’intégrité territoriale du pays face aux attaques rebelles ; au Rwanda en 1994 où l’armée française protégeait les milices sanguinaires Interahamwe de Habyarimana en plein génocide anti-Tutsis¼ et on ne parle pas ici des atrocités des guerres coloniales en Algérie, Madagascar, etc. (cont.)
http://www.icl-fi.org/francais/oldsite/CoteD'Ivoire-166.html
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